« Avec Supraconducteur !, les spectateurs voient
la démarche scientifique en action »

Interview d’Hugues Pothier, chercheur CEA impliqué dans
le spectacle de vulgarisation scientifique Supraconducteur !

A l’occasion de l’Année internationale des sciences et technologies quantiques 2025 promulguée par les Nations Unies, le PEPR Quantique a apporté son soutien à des manifestations scientifiques ainsi qu’à des actions de médiation scientifique organisées en 2025 et 2026. Parmi elles, le spectacle de vulgarisation scientifique Supraconducteur ! créé en mars 2022 par le Service de physique de l’état condensé (SPEC) et la compagnie « les Ateliers du Spectacle », groupe n+1. Ce spectacle est joué par Hugues Pothier, chercheur CEA au SPEC, aux côtés du comédien et metteur en scène Mickaël Chouquet.

Grâce au financement du PEPR Quantique, plus d’une dizaine de représentations ont pu se tenir dans des lycées début 2026. Nous avons donc voulu donner la parole à Hugues Pothier afin d’en savoir plus sur ce spectacle, mais aussi sur ses recherches et sur sa vision de la médiation scientifique.

Hugues Pothier à gauche et Mickaël Chouquet à droite. © Zoe Chantre

Pouvez-vous vous présenter, vous, votre parcours, votre métier ?

Je suis chercheur au sein du groupe Quantronique au CEA Paris-Saclay, et responsable de l’équipe depuis 2021. J’y ai fait ma thèse de 1988 à 1991, puis j’ai effectué un post-doc au Max-Planck Institut à Stuttgart dans le groupe de K. von Klitzing. J’ai été embauché au CEA en 1993. Mes recherches portent depuis sur la physique mésoscopique, la supraconductivité et les circuits quantiques. Avec mes collègues, je fais actuellement des expériences sur un nouveau type de Qubit supraconducteur basé sur l’hybridisation d’états microscopiques dans les jonction Josephson (les états d’Andreev) avec les modes de circuit d’un fluxonium.

Vous étiez présent au RobustSuperQ Days fin mars de cette année. Pouvez-vous nous expliquer vos liens avec ce projet ?

Même si de nombreux membres de mon équipe sont partenaires de RobustSuperQ, ce n’est pas mon cas. En effet, au moment où RobustSuperQ a été monté, je ne travaillais pas encore sur les qubits protégés. Maintenant que c’est le cas, il m’a semblé intéressant de participer à la réunion pour partager nos résultats et discuter avec les participants qui ont des préoccupations semblables à nous.

Depuis 2022, vous jouez l’Impromptu Scientifique Supraconducteur ! aux côtés du comédien et metteur en scène Mickaël Chouquet. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce spectacle et sa création ?

Le groupe n+1 dont fait partie Mickaël Chouquet est une compagnie de théâtre qui a conçu, entre autres, les Impromptus scientifiques, une forme théâtrale mettant en scène un chercheur et un comédien, pour rendre compte de la manière dont se fait la recherche. Plus d’une vingtaine d’Impromptus ont été créés, une dizaine tournent aujourd’hui. Les n+1 viennent de recevoir le prix Jean-Perrin 2025 de la société Française de Physique pour les Impromptus.

Supraconducteur ! a été créé en 2022 à l’issue de nombreuses rencontres avec les n+1, visites de labo, et travail de plateau pour une écriture commune, avec une scénographe, Céline Diez, et une vidéaste, Zoé Chantre. Xavier Proença a également participé pour la gestion de la vidéo utilisée pendant le spectacle.

Supraconducteur !, un spectacle en deux parties

Dans la première, je suis en scène avec Mickaël Chouquet, dans un décor comprenant un très grand écran noir et une large table garnie d’objets divers. Nous racontons et jouons l’histoire de la supraconductivité et de ses liens étroits avec la physique quantique, en 4 tableaux. Le premier est la découverte de la supraconductivité (1911) (avec un détour pour expliquer les métaux et la résistance électrique) ; le second, la lévitation magnétique (1933) ; le troisième, la théorie BCS (1957), avec une danse des paires de Cooper qui remporte toujours un certain succès (!) ; nous terminons avec les recherches actuelles sur les circuits quantiques supraconducteurs et une ouverture sur le principe de superposition à l’échelle macroscopique. Cette première partie, qui dure 50 minutes, utilise de nombreuses ressources du théâtre qu’on n’a pas l’habitude, en tant que chercheur, de mettre en œuvre : de la musique, des éclairages, des animations vidéo, des trucages.

La deuxième partie du spectacle est une discussion avec le public sur le sujet du spectacle, la physique quantique, la conception du spectacle lui-même, le travail de chercheur, et tous les sujets qui viennent à l’esprit des spectateurs. Elle dure à peu près autant de temps que la première.

64 représentations

Les 64 représentations de Supraconducteur ! se sont tenues dans 23 lieux différents, dans toute la France : des collèges, lycées, classes prépa (Rueil, Rouen, Chartres,  Strasbourg), universités (Tours, Avignon), ENS (Lyon, Paris-Saclay), théâtres (Grenier à Sel à Avignon, Vélo théâtre à Apt…) Le public est rangé le plus souvent en 4 à 5 rangs, à proximité immédiate de la scène. De ce fait, la jauge maximale est de l’ordre de 60-70 personnes (2 classes), et nous jouons plusieurs fois au même endroit.

© Zoe Chantre

Qu’est-ce qui vous a poussé vers la médiation scientifique ?

C’est avant tout le hasard des rencontres et des amitiés… J’ai rencontré les n+1 dans un théâtre où travaillait ma fille. On s’est bien entendus, et après avoir conçu assez rapidement un « jeu quantique et poétique » pour une fête de la science, nous avons eu l’envie de faire un Impromptu Scientifique ensemble. Je n’avais auparavant eu une seule occasion de faire de la médiation scientifique : j’avais participé à la conception et à la réalisation d’un démonstrateur de contacts à un atome, qui avait été montré dans quelques manifestations.

En quoi pensez-vous que la synergie art/science est efficace pour expliquer, et surtout, faire aimer la science ?

Elle permet d’abord de rencontrer des publics qui n’ont pas d’occasions de rencontrer des chercheurs, parce qu’ils sont loin des centres de recherche et des milieux académiques, ou qu’ils sont trop jeunes. Lorsque nous jouons devant des classes de 6ème, les élèves comprennent assez peu des phénomènes physiques qu’on aborde, mais ils les voient, et ils se rendent compte que faire de la recherche n’est pas une affaire forcément ennuyeuse, solitaire et rébarbative, faite par des savants en blouse blanche. On les émerveille, c’est un premier pas.

Devant tous les publics, dans la discussion, la liberté des chercheurs et de la variété du travail quotidien surprend et donne envie. Les spectateurs voient la démarche scientifique en action, avec des histoires de personnes qui progressent en apprenant de leurs erreurs, qui ne trouvent pas forcément ce qu’ils pensaient trouver. La science est rendue vivante, joyeuse, attrayante, de manière beaucoup plus efficace je pense que des conférences traditionnelles.

La dernière partie du spectacle consiste en un échange avec le public. Avez-vous des anecdotes qui vous sont restées en tête ?

Cet échange est très différent suivant l’âge des spectateurs, et la classe sociale. Les plus jeunes s’intéressent beaucoup à l’azote liquide qu’on utilise dans le spectacle, ils veulent savoir si on peut le boire. Et surtout comment on peut s’en procurer pour faire des expériences chez soi. Il y a beaucoup de questions sur les trains à lévitation supraconductrice. Dans des établissement socialement défavorisés, on me demande parfois ce que gagne un chercheur, reflétant probablement les préoccupations quotidiennes des familles. Certains n’hésitent pas à demander « mais vous êtes un vrai chercheur, vous ?! », ou même : « vous prétendez que vous êtes chercheur, alors dites-moi ce que vous avez découvert, dans votre carrière ! ».

En lycée ou en classe prépa, les questions peuvent aller assez loin, comme : « que fait la gravité sur un objet en superposition d’états à des endroits différents ? ». Ou encore, « qu’est-ce qui détermine le spin d’une particule ? ». La notion de spin, de manière générale, suscite beaucoup de questions. A partir du lycée, on trouve souvent des élèves qui ont lu des articles sur les ordinateurs quantiques, ou sur la physique quantique en général, et qui sautent sur l’occasion d’en parler avec quelqu’un plus au fait du sujet que leurs professeurs.

Y a-t-il encore des dates de prévues cette année ? Quelle est la suite pour ce spectacle ?

La dernière représentation était en février 2026 à Strasbourg. Nous avons plusieurs contacts à Paris et en région parisienne, à Blois, à Lyon, à Aussois, et même en Corse : il y aura d’autres dates cette année. Ce qui limite, c’est le plus souvent la difficulté à trouver un financement, car la part établissement du Pass Culture qu’utilisaient les établissements scolaires a pratiquement disparu. C’est grâce à un soutien du PEPR Quantique que nous avons pu réaliser nos derniers déplacements !

Hugues Pothier à gauche et Mickaël Chouquet à droite. © Zoe Chantre

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